Emile Fradin : un homme de cœur et de courage

Robert Liris

Au début de ce siècle, Emile Fradin, jeune homme, ne savait rien ou à peu près des problèmes de l'archéologie. Il n'avait que les certitudes de sa conscience et de son coeur. Homme du terroir, il devait tirer ses connaissances, après la découverte fortuite des premiers objets, de sa participation épisodique aux travaux de recherche du Docteur Morlet et à des lectures d'amateur. Il savait aussi par la tradition familiale que de mémoire d'homme le lieu des découvertes n'était qu'une simple terre de friches ou de labours suivant les besoins.
La sagesse d'Emile Fradin a été de s'en tenir là, de faire confiance au Docteur Morlet, de se mettre à la disposition des chercheurs qui vinrent, pour certains non sans abus, hauteur et mépris, examiner le site, étudier et parfois manipuler sans précaution les objets glozéliens.
Le courage d'Emile Fradin  a été de faire face, avec son  ami le Docteur Morlet, aux intrigues, aux sollicitations ambiguës des diverses écoles de pensée archéologique, au mépris, à l'ironie, à la dérision, à la calomnie touchant sa réputation d'honnête homme, aux procès, aux injures et même aux coups. Il n'avait pas besoin d'une certitude scientifique : quelque chose de rare dans la vie d'un homme lui était arrivé au matin du 1er mars 1924, il avait avec son grand père butté sur "quelques pierres de vérité" par le plus grand des hasards : le destin ?
Il sut tout aussitôt, par intuition, qu'il appartiendrait à d'autres de rassembler ce qui était épars. Avec le plus grand courage et la plus grande persévérance, il se borna depuis à éviter le silence et la dispersion de ses collections. Veilleur infatigable, toujours en accord intime avec Antonin Morlet, il garda à la France, pour de futures générations, ce mystérieux patrimoine archéologique de la Montagne bourbonnaise.
La grandeur d'Emile Fradin a simplement été d'être un homme de coeur et de ne vouloir pas apparaître comme un homme de science. En accord mystérieux et intime avec l'esprit de ceux qui façonnèrent jadis les dieux d'argile de Glozel, il voulut s'interroger sur le vertige de vivre sans réponse, de ne pas tout savoir tout de suite. Tout reste à faire, il attend et veille. Dans nos pensées il vit comme il a toujours vécu : il fut notre ami.