A la Mémoire d'Emile Fradin 

Madeleine Sabète                                             

                            A la mémoire d’Emile Fradin  

 

 Dans son ouvrage «Glozel : Bones of Contention », Alice Gerard fait la synthèse des travaux qu’elle a menés sur le mobilier de Glozel, conjointement avec de nombreux autres chercheurs de diverses prestigieuses universités. Si l’on résume son ouvrage et l’ensemble des analyses scientifiques qui ont été menées depuis qu’Emile Fradin découvrit le site en 1924, il apparaît que la grande majorité des objets de Glozel parmi les plus significatifs (plus de trois mille), sont vieux de plusieurs siècles, voire de deux millénaires. Ceci suffit à écarter toute suspicion de manipulation frauduleuse de la part d’Emile Fradin.   

 

                                Objets en argile du site de Glozel :

Analyses chimique

 1.  Les travaux que Bruet effectua en 1928 sur les objets en argile de Glozel, ont montré qu’ils avaient été façonnés dans une argile tout à fait identique à celle de Glozel. Une récente analyse d’activation de particules à Toronto, effectuée sur une idole phallique et cinq tablettes inscrites, a confirmé que ces objets avaient bien été faits à partir de l’argile de Glozel.  

2.  En 1976, Zimmerman a appliqué la technique de datation au zircon sur deux objets et a conclu qu’ils n’avaient pas pu être vieillis par une irradiation artificielle et que, de toute façon, cela n’aurait pas été possible en 1924. 

 3.   Les études archéomagnétiques faites par Barbetti en 1976 montrent que les objets en argile n’ont pas pu être exécutés à partir d’une argile ancienne ou antique retravaillée car les particules d’une argile qui a déjà été cuite, même réduites en poudre, manquent de porosité, restent granuleuses, rendant tout nouveau modelage impossible. De plus, toute nouvelle chauffe aurait remis à zéro l’horloge TL de l’argile de ces objets ainsi confectionnés.

 

Datation par thermoluminescence.

 1.  En 1974, l’équipe de Van Mejdahl, Hugh McKerrel, Henri François et Guy Portal authentifie 19 objets en céramique par TL.

En 1979, la même équipe authentifie 27 artéfacts qui se départagent en trois groupes de datation :

-  15 sont datés de 300 B.C à 300 A.D. Ce sont des tablettes inscrites, des lampes, des urnes à masque, des vases et une bobine.

-  8 objets sont datés de la période médiévale (XIIIème siècle), objets dont leur TL a pu être réduite par la proximité d’une fosse ovalaire où des verriers du Moyen Age ont utilisé des températures élevées pour leurs activités.

-  3 éléments sont datés de périodes récentes, un débris de poterie et une tablette à cupules du XVIIIème siècle, une tablette vitrifiée datée du XXème siècle.

2.  En 1983, les fouilles initiées à la demande du Ministère de la Culture ont

permis de procéder à des tests sur quelques échantillons de céramique

prélevés près de la fosse ovalaire. Ces analyses furent effectuées par le laboratoire TL de l’Université d’Oxford, et donnèrent, pour le même genre d’artéfact, une fourchette entre le Vème et XIVème siècle.  

 

Analyses magnétiques sur les céramiques de Glozel.  

   Plusieurs échantillons de tablettes inscrites vitrifiées, ainsi qu’une idole phallique soudée à une tablette, ont été envoyés à John Shaw de l’Université de Liverpool afin de reconstituer l’historique des données magnétiques de ces objets. Il a été possible de démontrer que ces objets, avaient subi plusieurs chauffes : la première, à la période celtique. La seconde, datée de la période médiévale, au-dessus de 700° C, est responsable de la vitrification, ces objets se trouvant, à cette période, dans un four de verrier. La dernière, au début du XXème siècle, aux alentours de 400°, afin de séparer les objets.

   Les résultats de toutes ces analyses confirment que la plupart du mobilier en argile de Glozel est ancien.                  

                                        Matériel en os de Glozel.

Analyse chimique des os :

1.  Dès 1928, 9 objets en os sont analysés par Maheu et Randoin au laboratoire de la police de Paris. Leurs résultats, établissaient leur teneur en nitrogène entre 0,3% et 2,5%.

  Sachant que les taux, pour l’os moderne, se situent aux alentours 4% N, entre 2,9% N et 0,1% N pour l’os néolithique, l’échantillonnage analysé ne contenait donc pas d’os moderne.

2.  A la même époque, le Dr. Morlet fit analyser 11 éléments en os par plusieurs laboratoires européens (Université de Porto, Oslo, Lyon), dont les résultats s’établissaient entre 0,1% et 2,2% N.

3.  En 1976, Hugh McKerrel a analysé 14 éléments osseux, dont 10 d’entre eux n’étaient ni décorés ni humains. Les niveaux de nitrogène s’établissaient entre 0,2% et 0,7% N.

4.  En 1997, Hugh McKerrel et Alice Gerard travaillent sur un échantillon de 62 os provenant du musée de Glozel, 12 d’origine humaine et le reste, ouvragé et décoré, d’origine animale. Les taux de nitrogène s’établirent entre 0,5% N et 4,2% N. Parmi ces artéfacts, un hameçon, analysé en 1928 avec un taux de 2% N, fut confirmé en 1997 avec un taux de 2,1% N.

  Ces nombreuses analyses chimiques effectuées tout le long du XXème siècle par les laboratoires de grandes universités occidentales confirment que le matériel osseux de Glozel, d’origine animale, décoré et ouvragé, est ancien.

Datations au C-14.                                                                                                  1.  En 1954, le Dr.Morlet envoya 2 os humains au laboratoire de Saclay pour une datation au C-14. Les résultats indiquaient que ces os étaient d’époque moderne (XVIIIème siècle).                                                                                                    

2.  En 1975, McKerrel envoya une dent de boviné, qui avait été trouvée à Glozel dans une urne en argile, au laboratoire d’East Kilbride en Ecosse pour datation au C-14. Elle fut datée de 30-230 AD, date très proche des résultats obtenus sur la céramique qui le contenait par TL.                                                                                        

3.  La même année, ce laboratoire eut à analyser un échantillonnage  d’ossements composé de 14 éléments, ce qui donna une date de 17,000 BC, résultat qui fut invalidé pour une possible contamination par une sorte de cire qui n’a pu être enlevée. 

4.  En 1984, trois analyses au C-14 furent effectuées à Oxford, un morceau de charbon daté de 1020-1220 AD, un fragment d’un anneau en os daté de 1400-1490 AD, et un morceau de fémur humain daté de 340-530 AD.    

5.  En 1995, Alice et Robert Gérard envoyèrent à l’Université de l’Arizona pour une datation au C-14  par le moyen d’un accélérateur spectrométrique de Masse (AMS),  deux petits tubes en os décorés, trouvés dans la tombe II en 1927. Les datations donnèrent 1250-1300 AD. 

6.  En 1997, Hugh McKerrel reprit son travail de datation sur un nouvel échantillonnage d’objets en os de Glozel. Il s’agissait d’os décorés et gravés d’animaux divers, tels que des rennes et des chevaux, accompagnés de signes alphabétiformes. Les dates obtenues se situaient dans la période médiévale.

   Une controverse s’est élevée, arguant que ces gravures auraient pu être effectuées au XXème  siècle sur des os anciens. Deux de ces objets gravés furent soumis à une étude au microscope électronique à balayage. Ceci a montré que le tracé des gravures avait subi des craquelures et des distorsions qui n’avaient pu apparaître qu’après l’exécution de la gravure, lors de la dessiccation de l’os. Ces gravures ont donc été exécutées sur des os frais à l’époque médiévale.

7.  McKerrel étudia, également, un morceau de crâne qui fut daté de 1650-1950 AD, ainsi qu’un harpon daté de 1520-1650 AD.

8.  Un morceau de charbon fut trouvé sur une tablette vitrifiée, qui, lors de sa mise au jour, était collée à une idole phallique. Ce charbon donna une date 46,000 BC et provient sans doute d’une forge qui fut utilisée dans les années 1924-1930 afin de séparer ces deux objets.         

9.  En 2000, René Germain envoya trois éléments osseux humains provenant de la collection du musée de Glozel au laboratoire de l’Université de l’Arizona.

Il s’agissait d’un morceau de crâne (GF745), appartenant à un autre morceau de crâne déjà daté et donnant les mêmes approximations, 1850-1955 AD, un morceau de mandibule (GF755) datée 1460-1640 AD, et un fragment de fémur gauche (GF737) daté de 1440-1525 AD.

   Les analyses au C-14 confirment bien que les os gravés ne sont pas modernes et qu’au moins quelques os datés de la période médiévale ont été exécutés sur des os frais. Les os d’origine humaine semblent se départager en trois groupes : 1er groupe, un fémur daté 340-540 AD, 2ème  groupe période médiévale, 3ème  groupe,  période moderne..

 

    Ce résumé très succinct de l’ouvrage d’Alice Gerard, dont on peut mesurer la probité scientifique avec laquelle son étude a été menée, montre qu’elle ne fut pas la seule à mener des recherches courageuses sur un site considéré, par le milieu institutionnel de l’archéologie, comme un « canular » ! 

  Tous ces chercheurs ont pris des risques en mettant toute leur compétence au service de la vérité historique, par tous les moyens scientifiques et techniques dont ils disposaient au moment de leurs travaux.

  Mais tout ceci n’aurait pas été possible, si Emile Fradin, le découvreur du site de Glozel, accusé à tort de faussaire, n’avait sollicité lui-même et permis que ces analyses soient entreprises. Fallait-il qu’il soit sûr de la réalité de ses découvertes, dont il fut la première victime, broyé par la diffamation et les procès !   

  « La méchanceté court plus vite que la Mort » disait Socrate. La mort a frappé le vieil homme a plus de 103 ans, mais la méchanceté court toujours, notamment, dans les colonnes de certaines gazettes si mal informées, où l’on peut la voir s’étaler et se rengorger, tel ce titre « A qui profite les faux de Glozel ? », ou bien encore, sous la plume de Monsieur Stéphane Foucart, dans le ronron feutré de sa chronique du journal Le Monde du 1er Mars 2010 :

   « Nombreux ( ?) étaient ceux qui espéraient qu’Emile Fradin parlerait avant son décès. Il n’en a rien fait », conclut ce journaliste.

   Mais qu’a donc fait Emile Fradin pendant toute sa longue vie, sinon de « parler », de clamer tout ce qu’il savait à qui voulait l’entendre, et même de l’écrire dans son livre « Glozel et ma vie » !

  Alors, tels de modernes Torquemada, Messieurs les journalistes et les « nombreux » qui se cachent derrière eux, auraient voulu faire « parler » un vieil homme de 103 ans à l’ultime moment avant sa disparition ! Le faire « parler » ou le faire « avouer » ? La Justice Française l’a déclaré innocent en 1931, quatre vingt ans après, il aurait fallu encore qu’il se disculpe !

  Tout ceci est tristement dérisoire, et relève d’une pensée inquisitoriale et   déshumanisée. L’on ne peut que souhaiter à tout un chacun, ainsi qu’aux journalistes qui véhiculent des opinions déjà formatées, à défaut d’avoir pu brandir au bout de leurs piques assassines des « faux » introuvables, d’être encore, à 103 ans, en capacité de « parler » pour crier toute sa vérité à ceux qui, pendant toute une longue vie, ont feint de ne pas l’entendre !

   Heureusement, des chercheurs indépendants et intègres, continuent, par leurs travaux, à faire émerger la vérité sur Glozel.

   Ce sont des universitaires chevronnés et cartésiens, sans esprit de chapelle, dotés du sens de la justice en même temps que de bon sens.

   C’est le cas des universitaires et chercheurs du CIER, qui par les travaux de recherche qu’ils ont menés depuis une quinzaine d’année, et en l’absence de nouvelles fouilles, apportent de vraies réponses.

    Parmi les différentes hypothèses très étayées qui sont proposées, toutes convergent à cette conclusion : le site de Glozel est ancien.

    « D’où viennent les ossements anciens ? Qui à inventé l’alphabet  

de Glozel ? Qui a façonné ces étranges urnes à visage et ces idoles bisexuées ? », se demande le journaliste du Monde.

  Pour ma part, en tenant compte des résultats scientifiques déjà énoncés, l’authenticité de Glozel ne fait aucun doute, à moins que de nouvelles analyses n’arrivent à démontrer le contraire.

  Il suffit d’examiner la situation géographique de Glozel en Bourbonnais, du passé historique de cette région, pour convenir que ce lieu fut fréquenté à diverses époques, notamment à l’époque celtique. 

  Epoque trouble où les migrations, les déplacements devaient être courants, pour de petits groupes de pasteurs nomades marginalisés.

  Ces populations celtiques étaient connues des Romains pour leurs multiples croyances et superstitions. Des tribus ont pu trouver dans ce lieu retiré de Glozel un espace secret pour y pratiquer des rites animistes et primitifs, destinés aux génies du lieu : génies de la source, de la rivière ou du bois sacré.  

  Sous la conduite de mages ou de quelques initiés, peut-être druidiques, instruits des rudiments néo-pythagoriciens de l’astrologie et des nombres (Jean-Louis Brunaux, Les Druides, des Philosophes chez les Barbares), il est probable que ces groupes se retrouvaient à des périodes calendaires, façonnaient sur place les objets rituels avec les galets de la rivière, les taxons fauniques et la terre, considérée comme sacrée, de ce lieu. Ceci expliquant, peut-être, l’absence d’objet métallique dans le mobilier de Glozel.

   Les restes fauniques de banquets rituels furent le matériau des amulettes à usage talismanique. De grands feux purificateurs sont peut-être à l’origine des traces de foyers retrouvés au Champ des Morts, aussi bien que de ceux laissés par les verriers du Moyen-âge.

  D’où les datations perturbées des objets de Glozel, sans compter que, au moment de leur mise au jour, ils ont été manipulés sans précaution et largement contaminés, par méconnaissance des règles rigoureuses qui se sont, depuis lors, imposées dans la conduite des fouilles archéologiques.

  La physionomie très archaïsante de l’ensemble de la production glozélienne tire, sans doute, ses origines d’un contexte de survivances très anciennes.

  La théorie de Mario Alinei sur la « continuité paléolithique » (PCT), hypothèse d’un substrat paléolithique pouvant perdurer jusqu’à des époques historiques, malgré des apports extérieurs, pourrait expliquer l’énigme de Glozel.

  Glozel n’est pas la tentative « de créer de toute pièce une civilisation » (Jean-Paul Demoule), mais plutôt, un témoignage d’une activité humaine authentique, très localisée et marginale, qui a échappé à la destruction du temps grâce à sa situation isolée. Seule la reprise de fouilles sérieuses permettrait de valider les trésors que contient le musée de Glozel et de faire sourire Emile de là où il nous regarde.